Schelling

Schelling Nachlass-Edition


Dem Hochgeboren

und ehrwürdigsten Herrn

Geheimrath von Schelling.

zu München.

J. M. K.

Mon Cher Mr de Schelling,

Je prends la liberté de vous addresser un de mes jeunes compatriotes qui voyage pour le bien de son esprit, et comme je l’espere de son pays aussi. Il se nomme Reeve, et ne manque ni de talents ni de l’industrie. Je n’ai pas voulu manquer la seule occasion que j’ai trouvé de vous marquer le sens trés profond que je retiens, de la condescendance et de la bonté que vous m’avez montré pendant mon sejour a Munich. Soyez sure Monsieur, que la societé des hommes tels que vous influe de la maniere la plus importante du monde sur l’avenir des jeunes gens: et si je puis juger des autres par moi même, ceux qui auront eu le bonheur de vous connaitre noublieront jamais ce qu’ils ont vu et entendu de votre part.

Nous sommes ici dans un etat trés penible: ce mauvais esprit du jacobinisme qui vient de recevoir sa couronne triomphale à Paris, ne laisse pas de faire ses proselytes en Angleterre aussi, le pays du monde ou il doit faire le plus de mal. Toutes les infidelités, soit en fait de religion de morale ou de politique trouvent à la verité un temple dans le coeur des Français; mais nous avons besoin de croire a quelque chose, et ne pouvons pas souffler des institutions qui nous ont formé pour plus de 12 cents années, sans y perdre quelque chose. Ce sont les chenes les plus venerables qui tombent avec le plus grand fracas; ces sapins de hier, on arrache comme on les a plantés, sans bruit et sans consequences. Ce qui nous cause le plus de mal, est que notre roi, tres simple, et un peu mauvais sujet aussi, a voulu preter son nom et l’influence de sa position, au nouvel ordre, j’aurais du dire desordre des choses, et donner ainsi une espece de justification a cet essaim de mauvais citoyens qui esperent tout detruire. Nous nous trouvons ainsi dans une position qu’on devrait plutot attendre du quatrieme ou cinquieme siecle d’une monarchie, que du 13me, cest à dire cette position ou un roi se met a la tete d’une minorité de la noblesse, et de tous les proletaires, pour detruire l’aristocratie de son royaume. Nous appelons cela Reformer, mais je ne vois pas beaucoup de distance entre de telles reformes, et une Revolution complette. Aujourd’hui meme, on a osé publiquement exprimer ses esperances que ce Guillaume sera le dernier roi d’Angleterre. On parle deja de se passer de la chambre des Pairs, et les droits de l’Eglise sont ouvertement attaqués. Deux de nos grandes villes ont été en proie aux desordres sanglants d’un saccagement general; & pour comble les mauvais gouvernemns que nous avons parlent d’epargner la vie a 5 hommes condamnés a mort pour avoir pris part a des enormités qui sont sans pareils dans ce pays. Je sais très bien que de loin on ne voit pas ces choses de la meme manière que nous les voyons: on croit que tout ceci est en regle; mais un esprit revolutionaire est toute une autre affaire en France, en Espagne, et meme en Allemagne, qu’elle ne l’est en Angleterre. Toutefois nous ne sommes pas entièrement perdus; quoique je vous l’avouerai, il me parait qu’une chose seulement pourra nous sauver; et cette seule chose, est une guerre Civile et sanglante. Une telle guerre doit être un fleau terrible, mais il se montreroit meme des horreurs dune telle guerre, un meilleur esprit que n’existe a present parmi nous. Nous avons fixé un precipice entre nous et nos peres, que rien ne detruira, et l’histoire de mon pays, au lieu de dater de l’an , doit a l’avenir prendre son commencement de l’an . Je crois que c’est le plus grand malheur qui pouvait nous arriver; et rien ne peut l’empecher, sinon les moyens violents dont j’ai parlé. Les gazettes ne vous diront pas tout ceci, mais il est neanmoins trop vrai.

Quand je vous ai laissé je devais me faire prêtre; la mort du roi mon ami, et meme des changements, survenus dans ma maniere de penser m’ont determiné a ne pas me vouer a la profession religieuse. J’ai voyagé depuis en Espagne, et de retour dans mon pays je me fais Avocat, jusqu’au temps qui vient ### ou nous aurons a tirer le sabre, et monter a cheval pour la defense de la monarchie contre la republique.

J’ose vous supplier Monsieur, un jour, de me diriger quelques lignes seulement, pour m’aider a former un jugement solide sur l’etat actuel, et les progres de l’Europe. Je ne puis pas rester sans interet quand je vois se naitre autour de moi un monde nouveau, avec lequel je n’ai ni communité de sentimens ni d’interets. Je voudrais croire si je pouvais que tout n’est pas mal, et que ce mechant siecle dans lequel je me trouve, etait necessaire, et consequemment bon. Mais je ne puis pas me persuader que l’histoire, et les tendresses de famille, et les affections des hommes doivent être foulés au pied, seulement pour laisser de l’espace pour un nouveau systeme de calculs et de interet personnel.

Daignez Monsieur, presenter mes Amitiés très sinceres a Mme votre epouse: peutetre, elle m’a dejà oublié; mais je lui assure que les bontés qu’elle a montrées a un jeune etranger qu’elle ne devait pas meme revoir, ne passeront jamais de ma memoire et de ma reconnaissance. J’aurais ecrit en Allemand, que j’entends parfaitement lire, au lieu du Français que je hais, mais je n’ai eu que tres peu de temps, et je n’ecris pas vite dans une langue comme la votre.

Monsieur je suis avec l’admiration la plus vive et le plus profond respect
Votre serviteur très Obeissant

John M. Kemble.

79 St. Kupell St˖[reet] Bloomsbury Square.